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Berlinale 2018 : Zentralflughafen THF


Allemagne, France, Brésil, 2018
Titre original : Zentralflughafen THF
Réalisateur :
Distribution : –
Durée : 1h38
Genre : Documentaire
Date de sortie : –

Note : 3/5

Berlin et ses aéroports, c’est toute une histoire ! Ou bien peut-être même une tragédie sans fin, comme le laisse craindre le chantier interminable du nouvel aéroport dont la date d’ouverture a été sans cesse repoussée. En effet, la capitale allemande a beau posséder une surface conséquente, en comparaison huit fois plus grande que celle de Paris, elle ne semble pas avoir trouvé de solution pérenne, pour l’instant, quant à l’endroit où décolleront et atterriront les centaines d’avion qui la desservent chaque jour. Le cas de l’aéroport central de Tempelhof est plutôt symptomatique de cette politique urbaine, passablement déboussolée depuis trop longtemps. Alors que ce terrain n’est plus au cœur du trafic aérien berlinois, la ville lui a trouvé une activité de récupération d’abord ludique, en en faisant une sorte de base de loisirs pour la population citadine, d’ores et déjà gâtée par les nombreux espaces verts, puis en transformant ses immenses hangars en sites d’accueil d’urgence pour la vague de réfugiés, qui s’était déversée sur l’Allemagne en 2015 et 2016. Cette drôle de cohabitation entre les déracinés d’un côté, obligés de poireauter dans des conditions de vie pas toujours évidentes jusqu’à ce que l’administration veuille bien trancher sur leurs demandes d’asile, et des Berlinois de l’autre, qui s’adonnent à une récréation bucolique sur les longues pistes d’atterrissage, est au cœur de ce documentaire agréablement sobre, présenté dans la section Panorama au et donc à peine à quelques stations de métro de cette ville dans la ville.

Synopsis : Créé au milieu des années 1920, l’aéroport central de Berlin devait faire toute la fierté de l’Allemagne, selon la volonté du chancelier Hitler. Après la guerre, il a été exploité par les forces alliées, notamment pendant le pont aérien de 1948 et ’49, qui avait permis de résister à l’étau que l’armée soviétique avait serré autour de la partie ouest de la ville. De nos jours, il accueille des milliers de réfugiés, venus de pays en guerre comme la Syrie et l’Afghanistan, qui peuvent y trouver un logement temporaire. Pendant environ un an, le réalisateur brésilien Karim Aïnouz y a accompagné et observé le jeune adulte Ibrahim, arrivé là en janvier 2016 de sa Syrie natale, ainsi que le chirurgien irakien Qutaiba, qui, en attendant la reconnaissance de son expérience professionnelle, participe comme interprète au fonctionnement de cette première étape sur le sol allemand.

En Segway vers la liberté

Zentralflughafen THF est le genre de documentaire auquel on s’attendrait de la part de Frederick Wiseman. L’intention du réalisateur s’y exprime surtout à travers son regard contemplatif, tandis que des interventions plus directes sont réduites au strict minimum. Après une courte introduction à vocation informative, où l’on suit partiellement un tour guidé dans ces halls construits jadis à l’honneur de l’idéologie nazie, le récit s’installe dans la position de l’observateur impartial, placé là afin de témoigner d’un état de fait qui ne constitue qu’une infime partie de la question d’actualité des réfugiés en Allemagne et plus généralement en Europe. Seuls les intertitres avec les noms des mois qui s’écoulent, inscrits et lus en Arabe, ainsi que quelques confidences de la part de Ibrahim en voix off sur son malaise d’être un étranger isolé et séparé de sa famille ponctuent d’une façon légèrement intrusive la narration, qui se contente sinon d’enregistrer le quotidien lénifiant à Tempelhof. Il ne faut alors pas nécessairement deux ou trois heures de film à Karim Aïnouz pour transmettre la sensation insoutenable que le temps est figé, que rien ne se passe qui pourrait perturber l’existence des hommes, des femmes et des enfants, pris en otage dans cette salle d’attente surdimensionnée. Certains donnent malgré tout l’impression de s’y plaire, avec aux deux extrémités du spectre de l’âge le vieux aux pieds fragiles, qui se réjouit de l’honnêteté de ses hôtes et du contexte global qu’il rapproche du paradis, et de l’ami de Ibrahim, qui sait apprécier autant la vue imprenable que la nourriture, certes pas fameuse, mais servie chaque jour sans demander d’effort particulier.

La poussière syrienne me manque

Il aurait été facile de faire dégénérer le propos du documentaire à ce moment-là, lorsque la polémique égoïste et inhumaine sur ces parasites venus de loin, qui profiteraient des avantages de notre système social sans tenter en échange de s’intégrer sincèrement, se prêtait presque un peu trop ostentatoirement à prendre le dessus. Heureusement, il n’en est strictement rien ! Mieux encore, la narration s’abstient de tout commentaire militant, préférant laisser les images de ce décor irréel parler pour elles-mêmes. Et elles le font d’une manière particulièrement saisissante, reflétant le passage des saisons, pendant qu’en parallèle, le statu quo des demandeurs d’asile ne progresse point. Il se dégage en fait une étrange normalité quasiment apaisante de ces plans à la beauté plastique indiscutable, très loin des nerfs à fleur de peau qui risquent constamment d’envenimer le débat. Ici, les policiers et autres gardes de sécurité remplissent précisément le rôle assez paternel de maintenir l’ordre, en faisant des rondes de nuit sur les pistes désertes, verbalisant au mieux des passants qui ne tiennent pas leur chien en laisse ou qui ont raté l’heure de fermeture des portes d’accès. Aucune agressivité ne se dégage de ce rapport de force par définition déséquilibré entre les réfugiés et le personnel encadrant, juste une forme d’impuissance face à la lenteur de la bête administrative, une frustration qui prend dans le meilleur des cas la forme d’une entraide anonyme. Le véritable enfer se situerait alors dans cette patience impériale, demandée à ceux et à celles qui doivent en quelque sorte mettre leur vie en suspens, jusqu’au jour fatidique de la réception de la décision de justice. L’impartialité suprême du point de vue adopté par Karim Aïnouz se manifeste en fin de compte, quand la délivrance de l’un de ses protagonistes ne sert qu’à libérer la place pour un autre pauvre individu, aussi perdu que son prédécesseur dans ce lieu de passage, qui a tout le potentiel d’un cul-de-sac déshumanisant.

Conclusion

Un réalisateur brésilien qui s’intéresse au sort de réfugiés syriens dans une coproduction française : Zentralflughafen THF est la preuve irréfutable que la condition humaine vaut la peine d’être abordée sous toutes ses facettes par quiconque ne cherche pas à s’encombrer d’œillères idéologiques. Ce documentaire remplit avec élégance et discrétion la tâche difficile d’être le témoin compréhensif du désarroi sourd des laissés-pour-compte en sursis, sans pour autant forcer le trait du chagrin et de la pitié.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles