News — 11 janvier 2018
American Society of Cinematographers 2018 : les nominations

Plus que quelques heures avant l’annonce des nominations aux prix de l’influent syndicat des réalisateurs américains, la dernière au cours de la semaine traditionnellement la plus chargée en la matière pendant la saison des récompenses de cinéma. En attendant, voici celles communiquées avant-hier par le syndicat des chefs opérateurs. La cérémonie des 32èmes aura lieu le samedi 17 février au Hollywood & Highland Ray Dolby Ballroom. Parmi les lauréats des prix honorifiques figurent les chefs opérateurs Russell Carpenter (XXX Reactivated) et Russell Boyd (Master and Commander De l’autre côté du monde), qui recevront respectivement le prix pour l’ensemble de son œuvre et le prix international.

 


Ce chef opérateur anglais est en quelque sorte la Meryl Streep du syndicat de ses confrères. Au fil du temps, Roger Deakins (*1949) y a en effet été nommé à seize reprises, y compris pour sa troisième collaboration avec le réalisateur Denis Villeneuve sur Blade Runner 2049. Jusqu’à présent, il a été récompensé trois fois par l’ASC : pour Les Évadés de Frank Darabont en 1995, pour The Barber L’Homme qui n’était pas là des frères Coen en 2002, ainsi que pour Skyfall de Sam Mendes en 2013. Il a par ailleurs reçu le prix honorifique du syndicat en 2011. Du côté des Oscars, son bilan n’est guère aussi brillant, puisqu’il n’y a toujours pas gagné, en dépit de ses treize nominations entre 1995 et 2016, entre autres pour Fargo et No Country for Old Men des frères Coen, Kundun de Martin Scorsese, Prisoners et Sicario de Denis Villeneuve et Invincible de Angelina Jolie. En plus de sa collaboration très soutenue avec les frères Coen sur – pour l’instant – douze films, il a également travaillé avec Michael Radford (Les Cœurs captifs et 1984), Bob Rafelson (Aux sources du Nil), David Mamet (Homicide), Michael Apted (Cœur de tonnerre), John Sayles (Passion Fish), Tim Robbins (La Dernière marche), Edward Zwick (A l’épreuve du feu et Couvre-feu), Norman Jewison (Hurricane Carter), Ron Howard (Un homme d’exception), M. Night Shyamalan (Le Village), Sam Mendes (Jarhead La Fin de l’innocence et Les Noces rebelles), Paul Haggis (Dans la vallée d’Elah) et Stephen Daldry (The Reader).



Le parcours de ce chef opérateur néerlandais est certes plus court, mais pas forcément moins intéressant. Né en Suisse et élevé aux Pays-Bas, Hoyte Van Hoytema (*1971) a appris le métier de chef opérateur en Pologne, avant de tourner ses premiers films en Suède, dont le succès international Morse de Tomas Alfredson en 2008. Deux ans plus tard, il fait la transition à Hollywood, où il photographie Fighter de David O. Russell, avant de retrouver Tomas Alfredson pour La Taupe, qui lui vaut sa première nomination au prix de l’ASC en 2012. Ensuite, il fait équipe avec Spike Jonze pour Her, puis est responsable de l’aspect visuel du dernier James Bond à ce jour : 007 Spectre de Sam Mendes. Dunkerque est déjà le deuxième film de Christopher Nolan auquel il participe, après Interstellar en 2014. Nommé trois fois aux BAFTAs, pour La Taupe, Interstellar et Dunkerque, Van Hoytema devrait obtenir sa première nomination aux Oscars cette année pour l’épopée guerrière, le seul film parmi les nommés au prix du syndicat à avoir été tourné sur pellicule.



La Forme de l’eau, sortie française le 21 février –

Aucun James Bond à signaler pour le moment dans la filmographie de ce chef opérateur danois, qui a néanmoins travaillé dans plusieurs pays et avec des réalisateurs au style fort variable. Même s’il reçoit ses premières récompenses internationales pour La Forme de l’eau, dont le prix des critiques de Los Angeles et une nomination aux BAFTAs, Dan Laustsen (*1954) est un technicien reconnu depuis les années ’80. Après avoir photographié près de vingt films dans son pays natal, dont Le Veilleur de nuit de Ole Bornedal en 1994, il fait le saut vers le cinéma international trois ans plus tard à travers le remake anglophone du même film par le même réalisateur. Il collabore une première fois avec Guillermo Del Toro en 1997 sur Mimic, avant de le retrouver pour Crimson Peak, puis La Forme de l’eau. En France, il se fait remarquer grâce au Pacte des loups de Christophe Gans, puis tente l’aventure américaine entre autres avec La Ligue des gentlemen extraordinaires de Stephen Norrington, Silent Hill de Christophe Gans, Solomon Kane de Michael J. Bassett et John Wick 2 de Chad Stahelski, voire un film israélien : Zaytoun de Eran Riklis. En parallèle, il était resté fidèle à Ole Bornedal, avec lequel il a continué de tourner plusieurs films, dont Dina, The Substitute, Just another love story et Possédée.



Cocorico, un Français s’est glissé dans cette liste de nommés décidément très cosmopolite ! On pourrait même considérer que le travail de Bruno Delbonnel (*1957) est plus apprécié aux États-Unis que dans son pays natal, comme le démontrent par exemple ses quatre nominations aux Oscars comparées à seulement deux aux César. Alors que Les Heures sombres de Joe Wright lui vaut sa quatrième nomination au prix de l’ASC, après Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet et Inside Llewyn Davis des frères Coen, il l’avait déjà gagné pour Un long dimanche de fiançailles en 2005. L’un de quatre chefs opérateurs français distingués par leurs confrères américains depuis la création du prix en 1987, Delbonnel est désormais celui avec le plus de nominations, avant Philippe Rousselot avec trois, ainsi que Guillaume Schiffman et Philippe Le Sourd nommés chacun une seule fois. Très sollicité pour des productions internationales depuis une dizaine d’années, il avait commencé sa vie professionnelle en France au milieu des années ’90 avec des films comme Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes de Jean-Jacques Zilbermann. Pendant le double coup de maître en partenariat avec Jeunet, il avait tourné son premier film américain : Un parfum de meurtre de Peter Bogdanovich, puis l’un de ses derniers films français : Ni pour ni contre bien au contraire de Cédric Klapisch. Depuis, il a collaboré avec Douglas McGrath (Scandaleusement célèbre), Julie Taymor (Across the universe), David Yates (Harry Potter et le prince de sang-mêlé), Alexandre Sokurov (Faust et Francofonia) et Tim Burton (Dark shadows, Big eyes et Miss Peregrine et les enfants particuliers).



, sans date de sortie en France –

Enfin, l’heure est venue pour la première chef opératrice nommée au prix de l’ASC ! Or, c’est plutôt de la consternation que nous inspire la main-mise des hommes sur la profession aux États-Unis et, heureusement, dans une moindre mesure en France. En effet, l’Académie des César a commencé à récompenser des femmes derrière la caméra dès la fin des années ’90, grâce à Marie Pérennou (César de la Meilleure photo en 1997 pour Microcosme Le Peuple de l’herbe), puis Agnès Godard (nommée deux ans plus tard pour La Vie rêvée des anges de Erick Zonca, puis lauréate en 2001 pour Beau travail de Claire Denis) et Jeanne Lapoirie (nommée entre autres pour Huit femmes de François Ozon en 2003), ainsi que plus récemment Caroline Champetier (trois nominations et un César en 2011 pour Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois). Quant à Rachel Morrisson (*1978), en fait la seule Américaine dans le lot, elle a commencé à photographier des courts-métrages et des documentaires dès le début du siècle. En 2013, elle collabore avec Ryan Coogler sur Fruitvale Station, présenté à Cannes dans la section Un certain regard, puis aux productions indépendantes The Harvest de John McNaughton, Cake de Daniel Barnz et Dope de Rick Famuyiwa. Elle a été nommée à l’Emmy en 2016 pour sa participation au documentaire What happened Miss Simone ? de Liz Garbus et Hal Tulchin. Rachel Morrisson vient de terminer le tournage de son premier blockbuster, le film de super-héros Black Panther de Ryan Coogler, qui sortira en France le 14 février prochain.


Le syndicat a également annoncé les trois nominations pour les 5èmes prix ASC Spotlight, dédiés aux chefs opérateurs étrangers :

Corps et âme (Hongrie) de Ildiko Enyedi – Maté Herbai

Faute d’amour (Russie) de Andreï Zviaguintsev – Mikhail Krichman

November (Estonie) de Rainer Sanert, sans date de sortie en France – Mart Taniel


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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles